Pourquoi Samuel L. Jackson veut parler de vos couilles

« C’est des conneries ! »

Tu veux toute l’attention de Samuel L. Jackson ? Dis-lui que tu penses que la meilleure chose Ă  propos de Snakes on a Plane est son titre.
Ou le confondre avec Laurence Fishburne.

Ou faire ce que j’ai fait : Dites-lui qu’Harrison Ford vient de le dĂ©passer en tant que star de cinĂ©ma la plus rentable de tous les temps, grĂące Ă  Star Wars : The Force Awakens.
« Vous me dites que Star Wars a fait plus qu’Avengers, Avengers : Age of Ultron, Kingsman, et deux films d’Iron Man… » crie-t-il, en l’Ă©paississant pour le bĂ©nĂ©fice de la salle. « De combien avons-nous besoin ? 100 millions de dollars ? Nous serons de retour au sommet en un rien de temps ! »

Ou du moins en autant de temps qu’il faut Ă  Jackson pour faire le chĂšque lui-mĂȘme, ce qu’il pourrait faire.

Au cours des deux derniĂšres dĂ©cennies, le sommet n’a pas Ă©tĂ© loin d’ĂȘtre Ă  la portĂ©e de Jackson.

Voici à quoi ça ressemble prÚs du sommet : Il a joué dans presque tous les films auxquels vous pouvez penser, jouant des rÎles comme Coach Carter, Shaft, et Nick Fury. Il a joué dans tous les films de Spike Lee et Quentin Tarantino, dont Pulp Fiction. Ajoutez, bien sûr, les trois préquels de Star Wars, en jouant Mace Windu.

Le New York Times Magazine note que Jackson est « son propre genre ». Ses films ont rapportĂ© plus de 10 milliards de Rands, et sa valeur nette est estimĂ©e Ă  2 milliards de Rands. Et il y a de plus en plus d’argent qui arrive tout le temps, grĂące aux rĂ©sidus.
Samuel L. Jackson gagne plus de 80 000 $ par semaine rien que pour se rĂ©veiller tous les jours dans son grand manoir de Beverly Hills – qu’il partage avec sa femme, l’actrice LaTanya Richardson, en nomination au Tony, et sa fille, Zoe, productrice tĂ©lĂ© – en passant devant les gardes de sa communautĂ© fermĂ©e pour jouer au golf avec Donald Trump et Bill Clinton.

Il a fait tout ça et plus encore, malgrĂ© le fait qu’il a dĂ©jĂ  dĂ» dire, Ă  haute voix et devant la camĂ©ra : « C’est mon devoir de faire plaisir Ă  ce butin. » Essayez-le vous-mĂȘme et attendez l’addition.

La gloire est arrivĂ©e en retard Ă  Jackson ; il avait 45 ans avant que Tarantino ne vienne frapper Ă  la porte et il a prononcĂ© son premier « enculé » Ă  l’Ă©cran, un mot qu’il dit parfois utiliser pour soulager son bĂ©gaiement occasionnel.
Il a passé la premiÚre moitié de sa carriÚre à jouer au théùtre et à se faire tuer dans de petits rÎles dans Goodfellas et True Romance.

Aujourd’hui ĂągĂ© de 67 ans, avec une longue liste de films emblĂ©matiques Ă  son actif, Jackson choisit ses scĂ©narios moins en fonction de leurs perspectives au box-office qu’en fonction du plaisir potentiel qu’il y a Ă  les filmer ou Ă  les regarder plus tard. Pour s’amuser, il regarde parfois ses propres films assis Ă  cĂŽtĂ© de clients surpris.

Le public rĂ©agit toujours aux tirades Ă  l’Ă©cran de Jackson parce qu’elles semblent si authentiques. En fait, ils sont authentiques, le rĂ©sultat d’une enfance en AmĂ©rique Ă  une Ă©poque de bouleversements sociaux. Jeune homme, il Ă©tait Ă  la fois en colĂšre et radical.

En 1969, alors Ă©tudiant en biologie marine au Morehouse College d’Atlanta, lui et un groupe d’amis ont dĂ©cidĂ© qu’il serait bon d’expliquer leurs dĂ©saccords politiques Ă  l’administration de l’Ă©cole en prenant en otage plusieurs de ses administrateurs.

« Nous leur avons adressĂ© une pĂ©tition, mais ils n’ont pas eu le temps de nous parler « , dit Jackson, regardant comme s’il allait le refaire demain. « Nous avons pris ces chaĂźnes qu’ils avaient le long de l’allĂ©e pour nous Ă©loigner de l’herbe, achetĂ© des cadenas, et nous nous sommes enchaĂźnĂ©s Ă  l’intĂ©rieur. »
C’Ă©tait embarrassant. Il avait Ă©tĂ© placeur aux funĂ©railles de Martin Luther King Jr. l’annĂ©e prĂ©cĂ©dente, et c’Ă©tait donc plus qu’ironique qu’il se soit trouvĂ© Ă  tenir le rĂ©vĂ©rend King Sr. comme l’un des otages.

« Il est restĂ© lĂ  une minute », dit Jackson en souriant. « Il se plaignait de douleurs Ă  la poitrine et nous ne voulions pas tomber pour meurtre, alors nous avons appelĂ© par la fenĂȘtre pour que quelqu’un apporte une Ă©chelle et le laisse descendre. »

Jackson a finalement Ă©tĂ© suspendu, mais pas avant d’ĂȘtre de plus en plus politisĂ©, comme beaucoup d’autres de sa gĂ©nĂ©ration, par la guerre du Vietnam.

« J’avais un cousin qui s’est engagĂ© dans l’armĂ©e le jour oĂč je suis allĂ© Ă  l’universitĂ©. Six mois plus tard, il est mort au Vietnam. Je n’avais mĂȘme pas rĂ©alisĂ© qu’il y avait une guerre en cours. »

Il a rejoint le mouvement anti-guerre ; c’Ă©tait Ă  cette Ă©poque, a-t-il dit un jour Ă  un journaliste, qu’il faisait mĂȘme partie d’un groupe qui achetait des armes Ă  feu et se prĂ©parait Ă  descendre dans la rue pour combattre.
C’Ă©tait comme ça, en quelque sorte. « Mettons les choses au clair », dit Jackson. « Je n’ai jamais Ă©tĂ© une Black Panther ! Mais le fait d’ĂȘtre vivant pendant cette pĂ©riode en AmĂ©rique, il fallait soit faire partie du problĂšme, soit faire partie de la solution. Nous avons choisi de faire partie de la solution. »

Pour le FBI, c’Ă©tait le problĂšme. Les agents ont prĂ©venu la mĂšre de Jackson que s’il ne sortait pas d’Atlanta, il finirait en prison.

Pendant un exil de deux ans Ă  Los Angeles, Jackson est donc devenu travailleur social. Il est ensuite retournĂ© Ă  Morehouse, a rencontrĂ© sa femme, et a obtenu son diplĂŽme d’art dramatique, aprĂšs quoi il a dĂ©mĂ©nagĂ© Ă  New York City pour commencer sa carriĂšre d’acteur.
Avance rapide de 40 ans : Avec Hollywood et le monde Ă  la fois essentiellement conquis, Jackson revient aux questions sociales, cette fois-ci la santĂ© des hommes et l’organisation caritative One for the Boys contre le cancer.

CrĂ©Ă©e en 2012, sa mission est d’Ă©duquer les hommes sur les risques de cancer et la nĂ©cessitĂ© de commencer Ă  parler de la santĂ© des hommes et de s’y attaquer.

Encore une fois, il a une cause : « Le monde est dĂ©finitivement plus rose que bleu « , dit Mme Jackson, soulignant le nombre beaucoup plus Ă©levĂ© d’organismes de bienfaisance axĂ©s sur les femmes atteintes du cancer.
« Quand il s’agit d’hommes, on se laisse littĂ©ralement mourir. On n’entend parler de gars traitĂ©s pour un cancer qu’une fois que c’est terminĂ©. Je joue au golf avec des types qui ont un cancer de la peau, mais ils ne me l’ont pas dit avant que je les vois sur le terrain de golf avec un pansement sur le visage. »

Jackson souligne Ă  juste titre que mĂȘme si le cancer de la prostate tue environ 26 000 hommes par an aux États-Unis et que le cancer des testicules en tue prĂšs de 400, nous n’en parlons pas. « HĂ©, comment ils pendent ? » n’est pas une enquĂȘte mĂ©dicale sincĂšre.
« Il y a un embarras autour du cancer des testicules et du cancer de la prostate Ă  cause de leur emplacement sur le corps « , dit Jackson. « Tu penses que si tu as besoin d’une opĂ©ration, ils t’enlĂšveront une partie et les gens penseront : « Hmm, il n’est plus un homme Ă  part entiĂšre. Mais personne ne pense ça du cancer de l’estomac, du sein et mĂȘme de la peau. »
Les hommes sont Ă©levĂ©s pour ne pas parler de leur santĂ©. « Nous sommes obsĂ©dĂ©s par l’idĂ©e que nous sommes censĂ©s ĂȘtre des durs, dit Jackson.

« Ça vient de ton pĂšre qui te dit de ne pas pleurnicher, ou de ta mĂšre qui te dit de te calmer. « Crache un peu dessus, ça va aller. Tu n’es pas censĂ© regarder un autre type et avoir pitiĂ© de lui. Tu n’es pas censĂ© pleurer devant les gens. Tu ne t’exposes pas comme ça. »

C’est peut-ĂȘtre un incroyable succĂšs amĂ©ricain, mais l’AmĂ©rique n’a pas suivi Samuel L. Jackson. Il n’y a peut-ĂȘtre pas d’otages Ă  Morehouse College pour le moment, mais cela ne veut pas dire qu’il n’y a plus rien Ă  dĂ©fendre.

« Les jeunes ne sont plus en mesure de rĂ©aliser leurs rĂȘves de façon significative « , dit M. Jackson. « Je regarde l’AmĂ©rique et on ne fait plus de merde. Les emplois que ma mĂšre avait pour acheter la maison ont disparu. Les gens qui Ă©taient destinĂ©s Ă  travailler dans ces usines, Ă  soutenir l’endroit d’oĂč ils venaient, ne se sentent plus comme des membres utiles de la sociĂ©tĂ©. Les gens commencent Ă  perdre espoir et se demandent pourquoi ils sont lĂ . »
La rĂ©ponse, suggĂšre-t-il, pourrait ĂȘtre d’examiner le bien-ĂȘtre gĂ©nĂ©ral de la sociĂ©tĂ© amĂ©ricaine. Dans la vision de Jackson, la  » santé  » ne se rĂ©sume pas Ă  une simple sensation de bosse ou Ă  l’insertion d’un thermomĂštre sous la langue.

« Nous devons prĂ©senter une alternative, dit-il, mais il n’est pas facile de dire que les choses vont s’amĂ©liorer, car il semble qu’il y a de plus en plus de choses dont il faut avoir peur et dont il faut ĂȘtre dĂ©primĂ©. Nous devons prendre le contrĂŽle et faire des changements pour protĂ©ger tous les aspects de notre santĂ©. »

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