Pourquoi dire non au sexe peut ĂȘtre satisfaisant ?

Quelque part dans les premiĂšres Ă©tapes de ma vie aprĂšs le divorce, ‹j’ai rencontrĂ© une femme que j’aimais bien et qui semblait m’apprĂ©cier. J’Ă©tais en couple avec quelqu’un d’autre, mais elle et moi avons eu quelques rencontres probablement malavisĂ©es qui impliquaient un certain nombre de, tu sais, d’embrassades…

Dire non au sexe peut ĂȘtre satisfaisant

La derniĂšre fois, elle m’a dit, sur le ton d’un serveur d’un trĂšs bon restaurant, « Alors, qu’est-ce que tu aimes ? »

C’Ă©tait une question inconfortable, parce que nous faisions dĂ©jĂ  Ă  peu prĂšs tout ce que je croyais prudent. Plus, vraiment. Je n’aurais mĂȘme pas dĂ» ĂȘtre lĂ . Si je nommais autre chose, cela scellerait en quelque sorte un accord pour faire cette chose et je ne pensais pas… dans l’ensemble des choses… que c’Ă©tait une vĂ©ritable ‹dĂ©cision. J’ai beaucoup rĂ©flĂ©chi, comme vous pouvez le voir, vu les circonstances.

Alors j’ai offert une rĂ©ponse vague et dĂ©tournĂ©e, puis, par politesse, j’ai demandĂ© : « Qu’est-ce que tu aimes ? »
« PĂ©nĂ©tration, » dit-elle, ne ratant pas un battement. T’arrives Ă  croire la façon dont les gens parlent ces jours-ci ?

Dans ma jeunesse, il n’y aurait pas eu de retour en arriĂšre. Il y a une expression : laissons la petite tĂȘte penser pour la grande tĂȘte. Peut-ĂȘtre ai-je atteint un point dans ma vie oĂč ma grosse tĂȘte est aussi grosse que ma petite tĂȘte dans ces situations. FrĂšres et soeurs, je n’ai pas pĂ©nĂ©trĂ© cette femme. Pensez-vous que Bill Clinton aurait mieux fait de dire ça ? Cela aurait Ă©tĂ© vrai, mais c’Ă©tait peut-ĂȘtre un trop beau point de vue.

De toute façon, je ne l’ai pas fait, parce que je savais que ça reviendrait me hanter. (C’Ă©tait un si bon restaurant que, du point de vue du karma, les prix n’Ă©taient pas vraiment au menu.) Elle a plutĂŽt Ă©tĂ© ajoutĂ©e Ă  la liste relativement courte des bonnes dĂ©cisions que j’ai prises de ne pas avoir de relations sexuelles.
En vieillissant, cette liste s’allonge. Vous devenez enfin assez grand pour que votre pied atteigne la pĂ©dale ‹brake de temps en temps. Et merci Ă  ‹God pour cela.

Attardons-nous un instant sur les plaisirs et les douleurs exquis – et le plus souvent non documentĂ©s – de la vie non tournĂ©e, de la pipe non posĂ©e, du verbe non conjuguĂ©. Je ne parle pas des fois oĂč vous avez Ă©tĂ© refusĂ© ou interrompu par des chiens ou des enfants ou de la flacciditĂ© temporaire (bien que cette derniĂšre catĂ©gorie peut Ă©clater avec une douleur tragi-comique spĂ©ciale dans les cas oĂč vous ne pouvez pas le lever, elle part, et 14 minutes plus tard, vous avez une Ă©rection visible de la navette spatiale).

Je ne parle que de cas oĂč vous avez volontairement relĂąchĂ© l’accĂ©lĂ©rateur par fidĂ©litĂ© Ă  quelqu’un d’autre ou pour une autre cause qui vaut la peine d’en mourir (Ă  moitiĂ©). Je parle de ne pas coucher avec une femme dĂ©sirable. Je parle d’appuyer sur le bouton pause sur le sexe qui aurait probablement Ă©tĂ© trĂšs amusant le temps que ça a durĂ©. Je ne parle donc pas de dessoĂ»ler suffisamment pour rĂ©aliser que cette femme ressemblera plus Ă  Rod Stewart qu’Ă  Maggie Gyllenhaal sous le soleil matinal.

De plus, pour ĂȘtre admissible Ă  cette mention Ă©logieuse particuliĂšre – la trĂšs prisĂ©e Blue Star – l’incident doit avoir comportĂ© suffisamment de contact physique pour avoir causĂ© une certaine activitĂ© mĂ©tabolique en vous, mĂȘme s’il ne s’agissait que d’un lĂ©ger dessin de ses petits cercles sur vos genoux du bout de ses doigts. En fait, je suppose qu’il n’y a rien de « seulement » lĂ -dedans.

En tant que jeune homme, l’Ă©pĂ©e des regrets vous attaquera probablement de l’autre cĂŽtĂ©. Plus tard, tu repenses Ă  toutes les femmes que tu aurais pu avoir si tu avais eu un peu confiance en toi, si tu avais surmontĂ© ta peur du rejet, si tu n’avais pas Ă©tĂ© une telle poule mouillĂ©e. J’ai attrapĂ© la fantaisie d’une de mes enseignantes du secondaire (une femme, d’ailleurs), et quand j’ai commencĂ© dans l’Ă©quipe universitaire, j’ai eu une deuxiĂšme chance avec elle. Je me suis Ă©touffĂ© les deux fois. Vous pensez que les courbes dangereuses de Mlle Pringle ne me hantent plus aujourd’hui ?

Le regrettĂ© essayiste Gore Vidal a dit qu’il y a deux choses qu’il ne faut jamais refuser de faire : faire l’amour et passer Ă  la tĂ©lĂ©vision. (Il s’agit en fait d’activitĂ©s de promotion croisĂ©e ; l’une tend Ă  crĂ©er des avenues pour l’autre. Imaginez combien de sexe Vidal a tirĂ© d’une apparition typique d’un talk-show en fin de soirĂ©e.)

Quoi qu’il en soit, quand vous Ă©tiez plus jeune, il y a eu des moments oĂč vous n’avez pas appuyĂ© sur la gĂąchette et oĂč vous auriez probablement dĂ» le faire. Le soir, en essayant de s’endormir, on pense Ă  la Rochelle aux cheveux de corbeau et aux regards affamĂ©s qu’elle lançait. Je suis un idiot, dites-vous. Mais maintenant tu es plus vieux. Vous ĂȘtes une personne d’une grande substance et d’un grand accomplissement. Tu ne pues pas le dĂ©sespoir.

Ces nouvelles qualitĂ©s attireront toutes sortes de femmes Ă  votre flamme, y compris celles qui sont beaucoup plus jeunes que vous. Paradoxalement, ces femmes de 23 ans ne s’intĂ©resseraient pas autant Ă  vous si vous deveniez comme par magie votre moi de 24 ans et donc beaucoup plus capable physiquement de les suivre. Si vous ĂȘtes dans la quarantaine comme moi, votre Ă©tat de dĂ©crĂ©pitude actuel – Ă  condition qu’il soit vraiment lĂ©ger et qu’il s’accompagne d’une sorte de gravitas personnelle – est un plus. Va comprendre. De toute façon, tu ne devrais probablement pas coucher avec eux. Vous le ferez probablement, mais 95 % du temps, ce sera une mauvaise idĂ©e. Fais-moi confiance.

Et finalement, vous finirez par vous en rendre compte. Tu n’es plus Gore Vidal. Tu n’as pas besoin de coucher avec tous ceux qui te le demandent. Vous pouvez (doucement) refuser de belles femmes de tous Ăąges et de tous milieux. (La plupart d’entre elles seront des femmes de votre Ăąge qui, aprĂšs une sĂ©rie de mauvaises relations, sont inexplicablement intĂ©ressĂ©es Ă  vous mettre Ă  l’Ă©preuve.)

Et voici le curieux secret : dire non, ça fait du bien parfois. Je veux dire physiquement. AprĂšs l’avoir serrĂ©e dans vos bras ou peut-ĂȘtre mĂȘme aprĂšs un dernier baiser, vous attendrez le piĂšge glacĂ© de la douleur gĂ©nitale et du dĂ©goĂ»t de soi qui vous ont frappĂ© lorsque vous Ă©tiez plus jeune. Mais il ne vous saisira pas. Au lieu de cela, il y aura une douleur plus douce, le coucher de soleil cerise-orange de mĂ©lancolie. Vous avez fait ce qu’il fallait, et vous pouvez le sentir dans vos os.

Edith Piaf a chantĂ© « Je ne regrette rien. » Je ne regrette rien. C’est comme ça qu’on vit. Ne regrettez rien de ce que vous avez fait, et ne faites rien que vous regretterez. Ces derniĂšres annĂ©es, j’ai ignorĂ© Vidal et laissĂ© passer l’occasion de faire l’amour plusieurs fois. C’est probablement seulement trois, mais c’est tout un tas, parce que c’est comme ça que sont les hommes.

Notre moitiĂ© de l’espĂšce est cĂąblĂ©e pour avoir des relations sexuelles et pour en subir les consĂ©quences. Pensez Ă  ça. Pensez Ă  la puissance d’un signal « Non ! Ne le faites pas ! » pour se frayer un chemin vers le haut Ă  contre-courant, le long de nos ganglions et neurones, pour s’approcher du cerveau.

Si elle est toujours prĂ©sente dans vos pensĂ©es, quand vous pouvez voir, disons, une partie de la bretelle de son soutien-gorge, alors c’est probablement un avertissement thermonuclĂ©aire.

Je ne regrette aucune des fois oĂč j’ai pris un report. Et je suis toujours amie avec toutes ces femmes, meilleures amies que si nous nous Ă©tions rĂ©veillĂ©es ensemble dans un grand lit collant.

Sauf, peut-ĂȘtre, Madame PĂ©nĂ©tration. Je la rencontre tous les deux mois et je ne pense pas qu’elle soit particuliĂšrement cool avec la façon dont les choses se sont dĂ©roulĂ©es, mais moi si.

C’est une de mes plus grandes conquĂȘtes, en fait. Je veux dire, parlez du maĂźtre de votre domaine.

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